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Euro et dollar : maîtriser le risque de change sous Odoo

Facturation, achats, compte en devises, couverture : comment protéger sa marge quand on achète ou vend en dollars.
29 septembre 2026 par
Euro et dollar : maîtriser le risque de change sous Odoo
ANOR, Cyrille de LAMBERT
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Beaucoup d'entreprises qui font de l'import/export vendent en euros et achètent en dollars. Elles dorment tranquilles, ce qui est précisément le problème. Le risque de change ne se signale pas : il apparaît un jour dans la marge, sans avoir été anticipé.

Cet article propose une méthode pour le repérer, le chiffrer, choisir la réponse adaptée, puis la traduire dans Odoo.

1. Une seule règle pour raisonner

Il y a risque de change dès que la devise d'une facture diffère de celle de votre trésorerie, et qu'un délai sépare la facture du règlement.

Le risque pèse sur celui qui n'est pas dans la devise de la facture. Cette règle suffit à classer toutes les situations.

SituationRisque pour vousRemarque
Vous facturez en euros un client hors zone euroAucunLe client porte le risque de change. Il peut néanmoins renégocier si sa devise se déprécie.
Le client exige d'être facturé en dollarsOuiExposition de l'émission de la facture à l'encaissement.
Le fournisseur facture en dollarsOuiExposition de la commande au règlement, avec un prix de revient incertain.
Le fournisseur facture en eurosAucun


Dans les deux cas à risque, l'exposition s'ouvre dès la commande et non à la facture. Sur un achat livré à 90 jours, le prix de revient est déjà incertain au moment où vous fixez votre prix de vente.

2. Le cas particulier de la vente en ligne

Sur une boutique en ligne internationale, facturer en dollars est souvent une nécessité commerciale : le client américain veut lire son prix dans sa devise. Il paie pourtant à la commande. Aucun délai ne sépare la facture de l'encaissement, donc le risque de change sur la vente est nul. Le dollar n'a pas le temps de fluctuer.

Deux réserves subsistent. La conversion opérée par le prestataire de paiement ou par la banque a un coût, à comparer entre les établissements. Et les achats de marchandises en dollars, eux, restent exposés.

3. Chiffrer l'exposition : un exemple

Vous achetez pour 100 000 $ de marchandises, au cours de 1,10, soit environ 90 909 €. Vous les revendez en euros avec 5 % de marge sur le coût, soit 95 454 €. Le règlement intervient 60 jours plus tard.

Si l'euro perd 5 % et que le cours passe à 1,045, vos 100 000 $ vous coûtent 95 694 €. Le prix de vente étant fixé, la marge disparaît et la vente se réalise avec une perte d'environ 240 €.

Règle pratique : l'exposition tolérable ne doit pas dépasser la moitié de la marge. Avec 5 % de marge, la variation de change acceptable est d'environ 2,5 %. Au-delà, il faut couvrir le risque ou en changer la nature.

4. Les stratégies disponibles

Agir sur la devise de facturation

  • Facturer en euros lorsque le rapport de force commercial le permet.
  • Négocier avec le fournisseur une facturation en euros si votre chiffre d'affaires l'est aussi.
  • Publier une grille tarifaire par devise, révisée à échéance fixe, plutôt que de convertir à chaque devis.

Agir sur le contrat

  • Introduire une clause de corridor : au-delà d'un seuil (par exemple ±3 %), le prix est révisé ou l'écart partagé à parts égales.
  • Demander un acompte à la commande et raccourcir les échéances. Chaque jour de moins réduit l'exposition.

Agir sur les flux

  • Adosser les ventes en dollars à des achats en dollars. C'est la couverture naturelle, la solution la moins coûteuse : seul le solde net reste exposé.

Recourir à la couverture financière

  • Le contrat de change à terme fixe le cours dès la commande, pour un règlement futur.
  • L'option de change protège contre la baisse sans renoncer à la hausse, moyennant une prime.
  • L'assurance change de Bpifrance s'adresse aux contrats à l'export.

Ces instruments deviennent pertinents au-delà de quelques dizaines de milliers d'euros par échéance, ou sur des contrats pluriannuels.

5. Compte en devises ou achat de devises ?

Les deux outils répondent à des situations différentes.

Le compte en devises convient lorsque vous encaissez et décaissez dans la même devise. Les dollars reçus servent à régler les fournisseurs américains, sans double conversion ni double marge bancaire. Il faut néanmoins piloter le solde : un compte en dollars laissé sans gestion devient une position de change. Une réserve de deux à trois mois de décaissements est un ordre de grandeur raisonnable, le surplus étant converti.

L'achat de devises convient lorsque vous avez des dépenses en dollars sans recette correspondante :

  • au comptant, si le règlement est proche. Acheter des dollars trois mois à l'avance immobilise la trésorerie et relève déjà du pari ;
  • à terme, pour un achat ponctuel important. Le cours est figé dès la commande sans décaissement immédiat.
Votre situationRéponse adaptée
Créances et dettes en dollarsCompte en devises, avec compensation des flux
Dettes en dollars uniquementAchat à terme, ou comptant si le règlement est proche
Créances en dollars uniquementConversion immédiate si la marge est confortable, sinon vente à terme dès la facture
Flux faibles ou irréguliersFacturation et achats en euros

6. Ce que permet Odoo

Odoo gère très bien le multidevise. La configuration dépend toutefois de vos flux, de vos devises et de vos banques, et il n'existe pas de paramétrage unique.

  • Taux de change : activation des devises utiles et mise à jour automatique des taux.
  • Achats : bon de commande et facture fournisseur dans la devise du fournisseur, convertis au taux du jour de chaque opération.
  • Écarts de change : la différence entre le taux de la facture et celui du règlement est comptabilisée automatiquement en gains ou pertes de change.
  • Ventes : listes de prix par devise, avec prix fixes ou conversion automatique, y compris pour la boutique en ligne.
  • Banque : un journal en devise pour chaque compte en devises que vous détenez. Ce n'est pas systématique.
  • Clôture : la réévaluation multidevise (version Enterprise) recalcule les soldes en devises au cours de clôture, avec extourne à l'ouverture.
  • Pilotage : l'échéancier des factures fournisseurs en devises donne l'exposition ouverte à un instant donné.

Odoo ne prédit pas le cours du dollar et ne remplace pas votre banque pour les contrats de couverture. Il vous dit en revanche combien vous avez engagé, dans quelle devise et jusqu'à quelle date. C'est la condition d'une décision éclairée.

7. Points à valider avec l'expert-comptable

  • Exportation de biens hors Union européenne : exonération de TVA sur justificatif de sortie.
  • Prestation de services facturée à une société établie hors de France : traitement de la TVA et mention légale à porter sur la facture.
  • Écarts de change réalisés (comptes 666 et 766) et écarts de conversion à la clôture (comptes 476 et 477).
  • Provision pour perte de change latente, dont le traitement fiscal diffère du traitement comptable.
  • Correspondance des comptes utilisés par la réévaluation avec votre plan comptable.

En résumé

  1. Repérez chaque flux en devise et le délai qui le sépare du règlement.
  2. Comparez l'exposition à la moitié de votre marge.
  3. Choisissez la réponse la moins coûteuse : devise de facturation, clause, couverture naturelle, puis couverture financière.
  4. Traduisez-la dans Odoo dès le démarrage du projet, pas après le premier écart.

Le dollar ne prévient jamais avant de bouger. Chez ANOR, nous aidons les entreprises à savoir, chaque matin, ce qu'il leur coûte.

Euro et dollar : maîtriser le risque de change sous Odoo
ANOR, Cyrille de LAMBERT 29 septembre 2026
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